BarCamp Madagascar 2ème édition (04 Juillet 2009): Information collective à Madagascar

Un succès. C’est ainsi qu’on pourra résumer le dernier BarCamp qui s’est tenu le 04 Juillet dernier à l’hôtel Ivotel à Antananarivo (Madagascar). La thématique principale de cette 2ème édition a été : le crowdsourcing ou la création collaborative (citoyenne) de l’information en situation de crise… Il s’agissait de mon 1er BarCamp à Madagascar et je n’ai pas été déçu.
Ca fait toujours plaisir de retrouver la blogosphère malgache (et la twittosphère !) réunie autour des autres invités (des journalistes, un ancien ministre, etc.) pour parler de blogging, de réseau, de journalisme citoyen, des nouveaux médias… La crise malgache est passée par là et l’occasion est enfin venue d’en parler avec tous les acteurs qui ont fait vivre la crise 2009 à Madagascar via les blogs et les autres plates-formes du web.
J’ai particulièrement apprécié le témoignage des bloggers gasy (Avylavitra, Jentilisa, les bloggers de Foko Blog Club : Stéphane aka Pakysse, Andry aka The Cyber Observer de Tana, Patrick de Toamasina, Jaona de Fianarantsoa, Gaétan d’Antsirabe…) qui ont assuré (à leurs risques et périls) la couverture de la crise politique à Madagascar. Chacun a fait part des difficultés et obstacles auxquels les journalistes citoyens sont confrontés : les menaces de mort, les prises de photo dans des conditions plus que périlleuses, les mésaventures avec les militaires, etc. Bref, bloguer en temps de crise, ça n’est pas une mince affaire, et les bloggers malgaches en savent quelque chose. Malgré tout, je salue ici le courage de ces « héros de l’information »…
J’ai découvert la plupart d’entre eux alors que moi-même je rapportais les faits essentiellement sur Twitter (HeryZo aka saveoursmile, un twitterer de la 1ère heure durant la crise, aura été un des plus actifs sur Twitter avec le fameux hashtag #madagascar) ou sur mon blog.
Cette 2ème édition de BarCamp Madagascar a été bien sûr l’occasion de présenter les outils du crowdsourcing. Harinjaka s’est proposé d’exposer la plate-forme Ushahidi ; Chris et Afick ont présenté le projet de radio communautaire dans le Nord de l’Ile avec l’appui de radioactive et BBC… Thierry Andriamirado @tandriamirado s’est quant à lui chargé de donner une présentation sommaire du web2 et des réseaux sociaux, notamment Facebook, Twitter et Friendfeed, et leurs rôles en tant que médias citoyens.
Un des meilleurs moments de ce BarCamp aura été l’intervention de Claire Ulrich (de Global Voices en Français). Elle a mis en exergue le rôle des blogs et des médias citoyens dans la couverture d’une crise, les risques auxquels peuvent être confrontés les bloggers (notamment la censure sur internet). J’aurai surtout retenu deux points essentiels de son intervention : le blogger se doit avant tout de connaître les textes dans son pays afin de ne pas enfreindre la législation et de se retrouver confronté nez-à-nez à certains problèmes (le journaliste citoyen est beaucoup plus exposé aux risques que quiconque, il ne doit pas prendre de risques inutiles) ; mais Claire a surtout mis l’accent sur la collaboration qui doit exister entre bloggers d’une part et les journalistes issus des médias traditionnels d’autre part, leur complémentarité n’étant plus à démontrer. Un message fort comme qui dirait, et qui va aussi à l’attention de tous ceux et celles qui aspirent un jour à bloguer… même en situation de crise.
En tout cas, un grand merci à Lova Rakotomalala pour cette deuxième édition de BarCamp Madagascar, un BarCamp très constructif qui a pu mettre en valeur la place des nouveaux médias dans le tissu médiatique local et leur importance dans la construction de l’information en temps de crise. Chapeau également à toute l’équipe de Foko, toujours aussi active. Le rendez-vous est pris à la 3ème édition.

Photo de groupe (par r1lita)

Photo de groupe (par r1lita)

Chronique d’un twitterer-blogger à Madagascar en situation de crise

J’ai pu lire de nombreux posts déjà sur le rôle des médias sociaux dans l’information sur la crise politique à Madagascar. Faisant suite à mon billet précédent, je voudrais mettre l’accent ici sur la tâche, ô combien difficile, du journaliste citoyen à Madagascar… Mobile et appareil photo en main, personnellement, je ne rate pas de témoigner des troubles qui secouent Antananarivo depuis environ trois mois sur Twitter. Sur le terrain, il faut constamment veiller à sa sécurité, se mettant à l’abri des balles, évitant les coups de grenades et les émeutes (la foule qui te rentre dedans), mais aussi des profiteurs qui n’hésitent pas à profiter d’un moment de confusion pour te vider les poches… Aussi faut-il éviter de photographier certaines personnes au risque d’essuyer une virulente protestation de leur part… Ma foi, à la différence du journaliste classique (notons que pour eux, tout n’a pas été un long fleuve tranquille non plus !) qui bénéficie d’un encadrement particulier près des forces de l’ordre, le journaliste citoyen doit redoubler de vigilance. Je propose ainsi un extrait (la liste n’est pas exhaustive, vous pourrez m’aider à la rallonger) de ce qui pourrait être le manuel du journaliste citoyen à Madagascar (valable essentiellement à Antananarivo) :

1 – il ne faut éviter jamais y aller tout seul, ou du moins, il faut avertir des proches ou d’autres bloggers de l’endroit où on est : toujours avoir un contact direct à appeler en cas de pépin… (Merci à Lova pour les consignes ;)) ;

2 – il faut faire extrêmement attention quand il faut prendre des photos ou filmer : éviter de se faire surprendre en filmant ou en prenant les militaires (terme générique pour désigner les forces de l’ordre, en général) en photos (j’en avais fait moi moi-même les frais !), éviter également de shooter une certaine catégorie d’individus très susceptibles aux appareils photos et aux caméras ;

3 – il faut éviter de trop se fondre dans la foule (j’ai fait l’expérience de me fondre dans un des deux camps protagonistes au moment des affrontements, mais je me suis rendu compte que j’avais fait forcément le mauvais choix quand j’ai vu les militaires charger dans notre direction) ;

4 – mais il faut également éviter de se mettre entre deux feux au risque de recevoir des projectiles (ce n’est pas la meilleure solution, croyez moi) ;

5 – il faut choisir un bon poste d’observation (fixe), à l’abri des agitations – néanmoins, il faut toujours chercher une issue de secours au cas où la situation dégénère ;

6 – si le journaliste citoyen est mobile, il est préférable qu’il se mette légèrement à l’écart des affrontements (entre civils ou avec les militaires) ;

7 – il faut faire attention à ne pas se faire agresser par les voleurs à la tire et autres individus malintentionnés ;

8 – et surtout avoir de bonnes jambes pour s’éclipser quand la situation ne s’y prête plus…

Rendant hommage à toute la communauté de twitterers-bloggers de Madagascar, bravo, vous faîtes tous du bon travail, mais faîtes bien attention à vous. On ne vit qu’une fois…

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